« Ça ne prend pas Simon. On peut tromper mille fois une personne, mais on ne peut pas trom… si ! On peut tromper une fois euh… non ! » La Cité de la Peur – Emile
Boire des paroles, ou comment gober un nouveau dogme
Les dogmes sont le plus souvent recrachés tels qu’ils ont été ingurgités, c’est à dire sans remise en question, sans synthèse, sans peser les pour et les contre.
On peut se sentir bien, cela dit, parce qu’une sorte de nouvelle vérité s’offre à nous. D’apparence, rapidement, sans effort à fournir, sans contrepartie.
Le bon sens nous chuchoterait volontiers : « Est-ce trop beau pour être vrai? »
Tristement, on observe que les dogmes sont le plus souvent intégrés par des êtres vides, ou avec trop peu de substance propre, trop peu d’expérience pour trier quoi que ce soit.
Quand l’expérimenté favorisera la patience avant de se lancer dans quoi que ce soit, le nouveau venu s’engagera potentiellement trop vite dans n’importe quelle nouvelle « aventure intellectuelle ». Pour autant que ça le mène « quelque part d’autre ».
Si ce que je vis est nul, l’herbe doit être plus verte ailleurs (et accessible de suite, sans effort…) !
Ceci n’est pas un jugement pour les plus jeunes, mais une invitation à prendre votre temps avant de plonger tête baissée dans un nouveau dogme. Dans ce bas monde, tout le monde se fait avoir.
- Oui, les pièges existent même pour les plus avancés. Peut-être même que dans ces pièges de plus haut niveau, les conséquences qui découlent de petites erreurs seront bien plus importantes que pour vous. Ne vous méprenez donc pas ! Tout le monde se trompe.
- Cependant, tout le monde ne choisit pas d’apprendre. C’est la nuance que je souhaite apporter dans ce bref article.
Tomber dans un nouveau dogme est assurément une situation triste, car une personne se fait vraisemblablement avoir. Cela dit, cette chute pour un observateur aguerri peut sembler salvatrice pour un « petit nouveau ».
Ainsi, un dogme peut soudainement combler son nouveau partisan. Ce dernier peut aussitôt obtenir une nouvelle forme d’identité, plus grande, plus aboutie, sans avoir à fournir d’effort personnel. Il suffit de suivre ce groupe.
- Atteindre la grandeur instantanément? Faire partie d’une chose plus grande que nous ? Être mature instantanément ? Je fonce !
A défaut d’être pleinement un individu – particulièrement au plus jeune âge, on peut tout de même se sentir « appartenir à quelque chose ». Quelques questions possibles :
- Qui voudrait assumer la nécessité d’un effort continu ?
- Une évolution trop lente, aléatoire et incertaine pour en valoir la peine ?
- Qui voudrait assumer la confrontation de ses propres réactions à travers toutes les situations de cette foutue vie, bien trop souvent douloureuse ?
- Personne ! En tout cas pas moi, pas maintenant.
- Pas avec tout ce qui me peine déjà. Pas avec tout ce que j’ai déjà enduré.
- Je préfère suivre ! Je veux la paix !! Marre de toujours choisir et assumer !
Quand on ne cherche pas/plus à comprendre qui ne sommes, il ne nous reste plus que l’option du « paraître ». On choisit le fade, le gris, le neutre, l’absence de couleur.
On se teinte de la couleur des autres, des plus forts, ou des plus bruyants. On fait l’autruche, on arrête d’entraîner les jambes quand on a des mollets de coq. Autant bosser les pecs et les biceps. C’est plus visible. Porter un jeans large réglera le problème (de toute manière, personne ne verra jamais ce qui se passe sous ton pantalon avec cette attitude coco…).
Tant qu’on peut maintenir le status quo et éviter ponctuellement d’assumer un problème, c’est une option valable. On reporte. Cadeau pour notre futur nous.
- Moi du présent = conteeeeent (de préférence, prononcer avec un accent beauf).
C’est tout sauf un présent pour le Moi du futur, mais je m’en moque !
Absence d’émotions?
Assumer ses choix, c’est assumer des responsabilités, c’est même pire… c’est accepter qu’on puisse commettre des erreurs !
Si on fait comme les autres, on peut toujours s’en sortir. Comme ce n’est jamais de notre faute… il n’y a jamais de représailles, jamais rien à assumer. On a toujours la paix ! Non ?
C’est aussi pour ça qu’il faut s’éloigner de toute émotion. Bien souvent, parce qu’on a peur de montrer qui nous sommes réellement. On pourrait nous prendre pour quelqu’un de différent ou de bizarre, surtout maintenant qu’on fait partie d’un groupe.
Laisser exprimer ce qui vient de nos profondeurs, de nos viscères serait une porte directe vers notre intimité, jamais ce monde ne l’accepterait …, n’est-ce pas ? Et si j’étais rejeté(e) ?
Alors, je …
… je ne serais plus rien.
Refuser toute émotion, coûte que coûte, consciemment ou non.
On rejette donc ce « gut feeling » (sentiment profond, qui vient du ventre). On garde cette boule au ventre, on ne l’écoute pas.
On ne s’écoute plus.
- Au moins, on ne nous dira rien. On fera comme tout le monde : On s’abstient de vivre nos émotions. On accepte donc une véritable absence vis-à-vis de nous-même.
Ponctuellement, on passe peut-être à côté de sa vie, mais au moins, on évite « les problèmes ». On verra le reste plus tard.
Pas trop tard, enfin … c’est ce qu’on espère.
C’est ce que certains ont espéré toute leur vie, avant de rendre… leur dernier souffle.
Analogie de l’arbre : hêtre pour enfin être
Cette petite analogie vous aidera peut-être, du moins je l’espère :
- Inspirez-vous du hêtre, un arbre magnifique !
Pour bien pousser, il devra d’abord bien s’enraciner, il faudra également poursuivre cette quête de profondeur. Sans ça, point de pousse possible. Sa grandeur ne serait pas à la hauteur. Quel arbre souhaiterait les mêmes bases qu’un colosse aux pieds d’argile ?
Il faut donc bien s’ancrer pour bien sortir de la superficialité.
Il faut creuser, creuser en vous, ne pas fuir qui vous êtes. Vous pourrez être comme un hêtre, qui a pris son temps.
Quel est le problème ? Creuser prend du temps. Il faut du temps pour creuser toute base pérenne. Grandir demande un effort.
Stagner sera toujours plus facile.
Ceux qui n’évoluent pas te souhaiteront faible pour cette raison, car ils ont choisi la facilité de la stagnation. Eux n’avanceront plus. Ils ne veulent donc SURTOUT PAS te voir avancer !
Qui souhaite stagner, quand la plus banale de toutes les questions nous rappelle ce qui est juste : Que répondras-tu, tous les jours, à chaque première question banale de politesse ?
- « -Salut, comment ça va?
- – Comme d’hab’, je stagne et toi ?
- – [Mal à l’aise] Ah…, *ahem* … bon moi, j’essaie de faire aller quand même… »
Il nous faut TOUS du temps pour devenir qui nous sommes, pour devenir un véritable individu, et … un individu véritable.
Un choix de surface ne vaut pas plus qu’un changement d’habit
Tes choix réels t’amènent à agir. Or, seules tes actions valident réellement tes choix.
- Seules des actions répétées, maintes fois renouvelées, prouveront ta valeur et attesteront de la fiabilité de tes valeurs.
- Pour revenir à la première citation de l’article, la fameuse phrase de la Cité de la Peur, on peut effectivement parvenir à tromper un bon nombre de personnes une première fois (peut-être arriverait-on à tromper jusqu’à 1000 personnes dans une vie…).
- Cependant, être régulier sur la durée, persévérant et crédible dans le mensonge, qui plus est avec les mêmes personnes – tout particulièrement si ces gens communiquent ensemble, n’est pas une mince affaire !
- Tôt ou tard, nos actions remonteraient et la Vérité se dresserait alors comme un obstacle devenu insurmontable.
Changes-tu tous tes choix en fonction de ton entourage ?
- Si c’est le cas, je ne m’excuse pas de t’annoncer que tu n’as pas de valeur propre. Tes valeurs ne t’appartiennent pas. Ta vie non plus.
- Évidemment, toute Vérité n’est pas bonne à dire. Ce qui signifie qu’on peut (ou même qu’il faut?) être malhonnête avec ceux qui le sont avec nous. Utiliser les moyens de nos ennemis contre eux, en somme, relève de ce que certains qualifieraient à juste titre de légitime défense.
- Ceux qui choisissent d’aimer leurs ennemis périront probablement à cause de leur bêtise, ce à la première perche tendue à leur « bien-aimé » bourreau.
Revenons à l’essentiel, aux dogmes, aux idées irréfléchies, aux approbations hâtives, à l’entrée du loup dans la bergerie : Qui peut se dresser fièrement, vent debout contre la tempête, sans se faire avoir, tout en restant superficiel ?
- Personne. Ni moi, ni toi.
Le superficiel nous attaque de toutes parts :
- Une mode après l’autre.
- Une nouvelle tendance / religion après l’autre.
- Un nouveau parti politique,
- Une nouvelle philosophie,
- Un nouveau supplément miracle… (celui qui fonctionne sans rien changer de nos mauvaises habitudes est de loin le plus efficace ! Dans l’arnaque, je veux dire.)
Et alors, qui prendra le temps d’attaquer la cause réelle, qui ira creuser dans ce monde de surface ? Qui ira chercher les racines du problème ?
Et surtout… qui ira régler mon problème, mon problème à moi ?
Pause.
Et moi, dans tout ça ? (oui, toi, qui lis actuellement)
C’est le moment le plus important de l’article, car il n’est que pour toi. Voici la question que j’aimerais te poser :
A ton avis, existe-t-il quelqu’un qui peut faire pousser des racines… à ta place ?
- C’est à toi de répondre.
- Ou de fuir, face à toi-même.
Sans racines, toute nouvelle tendance t’emportera. Or, la mode se démode.
- Les valeurs réelles demeurent.
- Les vraies valeurs sont bien ancrées, car bien enracinées.
- Ce qui s’enracine ne peut venir que d’expériences répétées.
- On parle d’action concrète. De nombreuses actions.
A toi de choisir ce qui te correspond désormais.
Alors, ça te dit, on se retrouve après la prochaine tempête ?
Ce sera le cas, si tu choisis de rester solidement enraciné(e). Personnellement, je n’ai pas l’intention de disparaître au prochain coup de vent ! ;-).
A toi de grandir – en haut comme en bas, exactement comme TU l’auras choisi.
Ciao ciao,
William Janssens
PS : Une dernière chose : Choisir de ne pas choisir reste un choix, celui du gris qui craint sa propre couleur et restera aigri toute sa vie, sans racines, sans profondeur, sans identité..

