Biochar load wheelbarrow

Terra Preta #3 | La pratiqueđŸŒ±


Le prĂ©sent article suit les parties UNE et DEUX – un clic vous permet de vous y rendre.

Biochar : Utile ou futile ?

Nous avons vu prĂ©cĂ©demment comment crĂ©er gratuitement et n’importe oĂč du biochar / charbon vĂ©gĂ©tal d’excellente qualitĂ©.

Pour cette troisiĂšme partie, je commencerai par des rĂ©flexions « extrĂȘmes Â», ce qui permet de fixer un cadre de rĂ©flexion sain :

Est-ce que le biochar est tellement gĂ©nial qu’il suffit d’en ajouter plus partout pour obtenir de meilleurs rĂ©sultats ?

  • Non !

En fait, le biochar n’est pas un fertilisant, c’est
 une structure.

Un hangar est une structure. C’est super, mais si personne n’y travaille et qu’il n’y a pas de matĂ©riel Ă  utiliser, le hangar seul ne permettra pas de faire tourner une entreprise !

Le biochar est une structure merveilleuse, mais ce que cette structure amÚnera dépendra de ce que vous en ferez.

Est-ce que le biochar peut tenir des centaines d’annĂ©es dans le sol ?

  • Oui !

Nous avons donc la possibilité de créer une merveilleuse structure exceptionnellement durable.

Il reste Ă  savoir comment maximiser son impact sur la qualitĂ© du sol, pour ensuite espĂ©rer avoir de superbes rĂ©coltes annĂ©es aprĂšs annĂ©es !

On commence Ă  parler des erreurs « typiques » ?

Comment ne PAS utiliser le biochar :

  1. Éviter de mettre du biochar sec directement dans vos planches de culture.
  2. Éviter de mettre du biochar sec directement dans votre vermicompost

(1) Biochar directement dans vos cultures : une petite erreur !

Le biochar tel quel peut ralentir la croissance des plantes 
 au dĂ©part. A cause de quoi ? Nous l’avons vu, le biochar est une forme de « stockage Â». Il est donc capable de stocker des nutriments. C’est une banque. Tant qu’elle peut restituer les nutriments, c’est une bonne banque. Si elle prend les nutriments pour les garder dans ses coffres, cela empiĂ©tera sur vos plantes !

En effet, le biochar peut parfaitement adsorber* des nutriments utiles pour les plantes – *une sorte d’effet collant, ce mot signifie « attirer Ă  lui Â». Ainsi, le biochar peut « ponctuellement piquer Â» un potentiel de fertilitĂ©.

Voici probablement le seul problĂšme de cet or noir – quand il est bien prĂ©parĂ©, et donc cuit Ă  une tempĂ©rature suffisante. Ce « problĂšme Â» n’en est en rĂ©alitĂ© pas un. Une fois que vous ĂȘtes au courant, il suffit tout logiquement de le charger prĂ©alablement !

C’est ce que j’ai fait, avant de le restituer au sol. A ce stade, le potentiel de fertilitĂ© est largement augmentĂ© et restera important pendant au moins 2-3 minutes ! Ahem

Je plaisante, pendant
 plusieurs siùcles !

Certains oseront mĂȘme dire : plus de 1000 ans (avec une logique claire, notamment quand nous observons ce qui est encore actif aujourd’hui dans la forĂȘt amazonienne).

Cette durée de persistance est totalement délirante.

Surtout 
 quand on pense que certains achĂštent chaque annĂ©e du NPK industriel, sans jamais comprendre en profondeur les diffĂ©rentes interactions entre les ions, et sans jamais favoriser le rĂŽle du vivant, les meilleurs « transporteurs » et transformateurs de nutriments pour nos plantes dans le sol, mais aussi les pollinisateurs :

  • champignons, (fongicides…)
  • bactĂ©ries, (bactĂ©ricides…)
  • nĂ©matodes, vers de terre
 (labour et massacre de la vie dans ses diffĂ©rentes strates…)
  • abeilles, papillons 
 (pesticides…)

En fait, c’est de la physique relativement simple, on parle de l’état plus ou moins « rĂ©calcitrant » de ce type de carbone. Le sucre est rapidement digĂ©rĂ©. Le charbon l’est beaucoup moins, la cire (wax) Ă©galement. Ils contiennent de l’énergie, mais elle n’est pas « rapidement/aisĂ©ment » rendue disponible.

Dans le cas d’un amendement de sol, (ou d’une stratĂ©gie qui rentre dans le cas de la terra preta), nous ne recherchons pas nĂ©cessairement les vertus « énergĂ©tiques » du carbone (hors bilan carbone et toute cette administration Ă©cologique).

Un avant-goût, pour celles et ceux qui se demandent actuellement avec quoi peut-on charger notre biochar ?

  • Eh bien, le mettre dans le compost est une premiĂšre excellente idĂ©e.
  • Vous pouvez aussi le charger plus rapidement, avec de l’urine / du lisier.

Je vais tester prochainement avec du liquide rĂ©siduel d’un compost de type bokashi. J’espĂšre Ă©galement en faire un article, affaire Ă  suivre :).

(2) Biochar directement dans votre vermicompost : ouch !

Il y a deux problĂšmes principaux, Ă  ma connaissance, dans cette pratique :

  • Les vers ont besoin
    • (a) d’une hygromĂ©trie stable/rĂ©gulĂ©e et
    • (b) d’un pH stable/rĂ©gulĂ©

(a) Le biochar possĂšde une capacitĂ© exceptionnelle de stockage d’eau. Il peut stocker jusqu’à 5x son poids en eau, grĂące Ă  son importante porositĂ©. Cette capacitĂ© de stockage peut donc modifier drastiquement l’humiditĂ© ambiante en assĂ©chant le milieu dans lequel il serait versĂ©. Pour Ă©viter ce problĂšme, il suffit de le faire tremper prĂ©alablement dans de l’eau pour que le charbon en soit imbibĂ©. Il ne diminuera ainsi plus l’humiditĂ© du milieu !

(b) Les vers ont besoin d’un pH idĂ©alement entre 6-7 (source Sunnyside Soil – citations pubmed renseignĂ©es en description de vidĂ©o).

Le biochar prĂ©parĂ© avec un Kon Tiki de type « puits » peut contenir un pH trĂšs Ă©levĂ©, notamment Ă  cause du mĂ©lange des cendres au moment de l’extinction par le haut avec l’arrosage.

Si le milieu dans lequel Ă©volue vos vers n’est plus « vivable », vous perdez la totalitĂ© de l’intĂ©rĂȘt du vermicompostage (comparĂ© au compost de type thermophile). Pour Ă©viter ce problĂšme, le plus simple est d’ajouter le biochar au sortir du vermicompostage, tout simplement. Il faut alors considĂ©rer un temps de contact suffisant pour que le biochar se charge en nutriments et en micro-organismes au sein de ce compost travaillĂ© par les vers.

Biochar : Ce que j’en fais personnellement

Je place un fond de biochar (hydratĂ© par un fond d’eau de pluie – d’une cuve de rĂ©cupĂ©ration) dans le bol de compost quotidien. Au bout d’une ou deux journĂ©e(s), ce bol sera totalement ou partiellement rempli. J’irai alors le verser dans un tas Ă  l’extĂ©rieur de la maison pour continuer la charge du compost, mais avec une plus importante prĂ©sence d’oxygĂšne (dĂ©composition aĂ©robie).

Ajouter du biochar dans le bol de compost de cuisine permet de limiter les odeurs, mais aussi de le charger dÚs le départ de la chaßne de décomposition de la matiÚre, ce qui me plaßt tout particuliÚrement !

Dans le cas du jardin et des plantations, je prends Ă©videmment soin de le charger avant de le remettre au sol :

Dans ces photos, je l’ai chargĂ© avec ce que j’avais (je ne dis pas que c’est idĂ©al, c’était ma premiĂšre tentative) :

  • Du crottin des chevaux du champ juste en face
  • Du purin d’ortie et de banane
  • De l’eau de pluie pour m’assurer que le tout Ă©tait totalement immergĂ©.
Biochar load
Biochar load wheelbarrow

Ce biochar a Ă©tĂ© chargĂ© pendant 7-10 jours (environ). Puis, il a Ă©tĂ© progressivement ajouter au sol, idĂ©alement au niveau des racines pour les nouvelles plantations, sinon simplement restituĂ© au sol (moins idĂ©al, mais c’est tout de mĂȘme un excellent investissement!).

BIOCHAR, le rĂ©sumĂ© ?

L’idĂ©e est donc d’éviter les deux seuls problĂšmes potentiels du biochar :

  • Que cela dĂ©shydrate le sol
  • Et/ou diminue la prĂ©sence de nutriments (ponctuellement)

Placer votre biochar pour qu’il s’imbibe dans une solution (liquide) riche en nutriments retire les problùmes et le transforment en mine d’or noir multicentenaires !

Vous pouvez ensuite le placer lĂ  oĂč il sera le plus actif pour nourrir vos plantes :

  • Au niveau des racines.

PlutÎt que de le répartir à des doses immenses et peu efficaces (10 tonnes par hectare!), placer 750 kgs par hectare spécifiquement au niveau des racines APRÈS CHARGE EN NUTRIMENT, et vous aurez les meilleurs effets.

  • En mettre 10x moins, mais au meilleur endroit ? Oui, c’est ça ĂȘtre intelligent !

Source : Ithaka Institute et recherches associĂ©es (published data)

Autres intĂ©rĂȘts du biochar

La liste est tellement longue, que 
 je préfÚre vous laisser la découvrir. Vous irez ainsi voir ce qui vous intéresse à la fin de cet article.

De mon cĂŽtĂ©, je l’utiliserai ASSURÉMENT :

  1. Pour filtrer l’eau,
  2. Également pour la litiùre de mes poules, ainsi que
  3. Comme ajout dans leur nourriture (hygiÚne / santé du tube digestif, comme nous!)
  4. Ce charbon semble pouvoir ĂȘtre utilisĂ© comme un Ă©quivalent du charbon actif, Ă  vĂ©rifier, mais le rationnel est le suivant : prendre 1.5-2x plus de ce charbon « non activé » (que le charbon « actif ») suffirait Ă  compenser la trĂšs lĂ©gĂšre diminution de surface d’échange, tout en conservant l’avantage de pouvoir le produire gratuitement vous-mĂȘme. Si c’est pour la consommation, je choisirais personnellement des essences de bois connues pour fabriquer un biochar bien Ă©tabli, comme le peuplier.
  5. Pour enclencher le processus de Terra Preta, en le plaçant directement au fond de mon bol de compost (avec de l’eau non chlorĂ©e*, dĂšs le dĂ©part). Ce qui fait que chaque jour, je dĂ©bute un cycle pour fertiliser le sol autour de moi pendant plusieurs centaines d’annĂ©es. Les dĂ©chets alimentaires n’ont jamais reprĂ©sentĂ© un aussi bel investissement ! *Laisser le chlore s’Ă©vaporer permet d’utiliser l’eau du rĂ©seau.

Perspective future ?

Coupler ça avec des connaissances que je suis en train d’acquĂ©rir sur le vermicompost (worm casting) et le bokashi compost et les bactĂ©ries Ă  acide lactique – lactobacillis – pour fermenter me tente carrĂ©ment. D’ailleurs, le procĂ©dĂ© du bokashi est dĂ©jĂ  en cours, notamment pour crĂ©er du fromage avec la partie non utilisĂ©e, c’est dééééélicieux !!

La prĂ©paration du second fromage dĂ©bute d’ailleurs ce soir 🙂

SOURCES

« The cascaded use of biochar in animal farming

1. Silage agent,
2. Feed additive / supplement,
3. Litter additive,
4. Slurry treatment,
5. Manure composting,
6. Water treatment in fish farming

At present some 90% of the biochar used in Europe goes into animal farming. Different to its application to fields, a farmer will notice its effects within a few days. Whether used in feeding, litter or in slurry treatment, a farmer will quickly notice less smell. Used as a feed supplement, the incidence of diarrhoea rapidly decreases, feed intake is improved, allergies disappear, and the animals become calmer. » – 55-uses-of-biochar ITHAKA-INSTITUTE URL

Note supplémentaire :

MĂȘme les polluants « éternels » n’auraient pas besoin d’un charbon actif activĂ© par Ă©nergies fossiles ! Nous y sommes, d’immenses possibilitĂ©s sont lĂ Ă Ă  :).

« The project produced a systematic series of over 100 activated biochars from different feedstocks, varying pyrolysis temperature and activation conditions. The results demonstrated that wood and woody residue biochars, physically activated at high temperatures, can eliminate organic micropollutants from biologically treated wastewater at efficiencies comparable to commercial fossil-based activated carbon (Hagemann et al. 2020). The work was conducted in collaboration with Agroscope and Eawag (Swiss Federal Institute of Aquatic Science and Technology), with pilot-scale testing in operational wastewater treatment plants. Â» https://www.ithaka-institute.org/en/ct/17-activated-biochar Â»

Note finale :

Cette partie III de l’article se base en grande partie sur ce que j’ai pu apprendre du magnifique article de Hans-Peter Schmidt, crĂ©ateur du Kon Tiki :« Ways of Making Terra Preta: Biochar Activation – by Hans-Peter Schmidt » url

Big Up Hans-Peter !

J’espĂšre que nous serons nombreux Ă  fertiliser les sols avec de la terre noire !

Prenez soin de vous, prenez soin de la terre qui vous accueille :-),

William Janssens – Ă©crivain indĂ©pendant – 100% humain, 0% robot


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